
Les inégalités dans le domaine de la science sont souvent présentées comme un problème de financement, d’infrastructures ou de Brain Drain, mais notre expérience nous montre une autre réalité, celle des talents méconnus, et non celle du manque de compétences. En 2022, une vision commune entre des chercheurs du Brésil et des pays africains lusophones a donné naissance à une initiative. Les Países Africanos de Língua Oficial Portuguesa (PALOP) ont donné naissance au Grupo Brasil-África de Pesquisa e Escrita Científica (GPEC), le Groupe Brésil-Afrique pour la recherche et l’écriture scientifiques. Cette modeste initiative s’est transformée en une communauté dynamique de chercheurs, de médecins et d’étudiants d’Angola, du Mozambique, du Cap-Vert, du Brésil et du Portugal.
L’initiative s’est développée à partir d’un groupe WhatsApp à une communauté lusophone florissante de près de 400 membres qui publient dans des revues internationales de premier plan. Le succès du GPEC révèle une vérité plus profonde : lorsque le mentorat, une langue commune et l’accès au numérique convergent, les écosystèmes de recherche peuvent s’épanouir, même dans des contextes où les ressources sont limitées.
Notre modèle n’est pas un miracle. Il est reproductible et appelle à un changement dans la manière dont les pays du Sud construisent, dirigent et s’approprient leur avenir scientifique.
L’initiative vise à remédier à la sous-représentation des PALOP dans la production scientifique mondiale. Par exemple, l’Angola compte moins de 1 000 articles indexés sur PubMed depuis 1987. L’insuffisance des infrastructures, de formation à la rédaction scientifique et des possibilités de mentorat contribuent à cette situation. L’approche du GPEC utilise des plateformes numériques gratuites et accessibles telles que WhatsApp, Instagram, Zoom et YouTube pour mettre en relation, encadrer et former les chercheurs.
L’un des piliers du GPEC est le mentorat, dans le cadre duquel des professionnels chevronnés guident les chercheurs en début de carrière tout au long du processus scientifique, de la conception de la recherche à la soumission du manuscrit. Des réunions mensuelles en ligne comprennent des discussions sur des articles, des ateliers d’écriture et des sessions de feedback en temps réel. Le modèle de mentorat comble une lacune critique dans les PALOP, en mettant l’accent non seulement sur la production d’articles, mais aussi sur le renforcement des capacités de recherche à long terme. Cette approche encourage l’apprentissage intergénérationnel et soutient les mentorés jusqu’à leurs premières publications, dont beaucoup ont paru dans des revues internationales de premier plan. Les membres ont publié des dizaines d’articles dans des revues à fort impact, reflétant la voix scientifique croissante des PALOP sur la scène mondiale. Ces publications ont paru dans des revues internationales de premier plan telles que Nature, Lancet, Gene (8), Nature Medicine (13), Scientific Reports (16), BMC Infectious Diseases (17), European Heart Journal – Cardiovascular Imaging (18), Cancer (20), Science (23), British Journal of Haematology (24) et Dementia & Neuropsychologia (25), pour n’en citer que quelques-unes.
L’utilisation de la plateforme WhatsApp permet de lever les obstacles traditionnels tels que l’affiliation institutionnelle, l’accès aux laboratoires ou même la stabilité de l’approvisionnement en électricité. Ce modèle décentralisé permet une communication asynchrone, le partage de documents et le brainstorming collectif, ce qui est idéal pour les régions où l’accès à l’internet est irrégulier ou qui sont isolées sur le plan académique.
Ce modèle favorise également l’inclusion. Des médecins ruraux en Angola et des étudiants en médecine au Mozambique peuvent participer aux côtés de professeurs brésiliens et de chercheurs capverdiens. Le cadre numérique transforme la distance en opportunité et permet un accès égal au mentorat et aux connaissances.
Outre les interactions en temps réel, toutes les réunions du GPEC sont enregistrées et disponibles sur notre chaîne YouTube (Grupo de Pesquisa e Escrita Científica - GPEC - YouTube), ce qui permet aux étudiants et aux professionnels qui ne peuvent pas assister aux sessions en direct de bénéficier tout de même du contenu. L’accessibilité à long terme incarne la promesse de l’éducation numérique, en étendant la portée de chaque leçon au-delà des frontières et des horaires, et en permettant un apprentissage continu à son propre rythme.
L’expérience du GPEC montre que l’accessibilité mène à la transformation, car l’utilisation d’outils à faible bande passante garantit la participation des zones mal desservies, tandis que le mentorat multiplie l’impact, où un soutien guidé conduit à une productivité soutenue en matière de recherche et à un épanouissement de l’individu. Un autre élément central de l’initiative concerne l’importance de l’affinité culturelle et linguistique, qui montre qu’une langue commune (le portugais) facilite la communication et renforce la confiance. Le caractère informel de la plateforme numérique a également été source d’autonomisation, les messages WhatsApp offrant un potentiel plus important qu’un séminaire formel.
Dans l’ensemble, le projet montre que les partenariats entre régions en développement fonctionnent et favorisent des solutions adaptées aux contextes locaux. La majorité des quelque 400 membres sont titulaires d’un diplôme de premier cycle ou d’une spécialisation, et seule une petite proportion d’entre eux sont actuellement titulaires d’un master ou d’un doctorat. Même sans titres universitaires avancés, nos membres produisent des travaux scientifiques de haute qualité, évalués par des pairs, dans des revues internationales reconnues.
Cette réalisation souligne la nécessité critique d’investir dans la formation scientifique dans les pays africains lusophones, afin d’encourager davantage de chercheurs à poursuivre des études supérieures. Ils seront ainsi mieux armés pour diriger et soutenir le développement scientifique de leurs pays respectifs. Vers un élargissement du champ d’action
La vision du GPEC est de s’étendre davantage, en créant des pôles scientifiques dans chaque pays PALOP, en promouvant le leadership local et, à terme, en influençant les politiques nationales en matière de santé et d’éducation. Le groupe forme déjà de nouveaux facilitateurs afin de reproduire le modèle dans des communautés plus petites, des hôpitaux provinciaux en Angola aux universités publiques au Brésil. Nous sommes d’avis que le GPEC peut inspirer des réseaux similaires à travers le continent et au-delà. Alors que le monde cherche à décoloniser la science et à autonomiser les producteurs de connaissances locaux, des initiatives telles que le GPEC nous rappellent que la prochaine vague scientifique mondiale pourrait bien venir du Sud, connectée, collaborative et engagée.