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Le professeur Appolinaire Djikeng est biologiste moléculaire basé au Kenya et s’applique passionnément aux améliorations génétiques durables pour le bétail africain.

Originaire du Cameroun, M. Djikeng est directeur de l’Institut international de recherche sur élevage (ILRI), basé à Nairobi, et directeur principal pour les systèmes d’élevage du CGIAR.

Avec plus de 20 ans d’expérience dans la recherche, la gestion et le développement institutionnel au sein des universités et les institutions de recherche internationales en Afrique, en Europe et aux États-Unis, son travail et ses intérêts ont principalement porté sur les biosciences, la génomique et les disciplines voisins.

Auparavant, il était directeur du Centre for Tropical Livestock Genetics and Health (CTLGH) et professeur d’agriculture tropicale et de développement durable à l’université écossaise d’Édinbourg. M. Djikeng a cofondé le Réseau africain d’élevage (AABNET) dans le but de stimuler le développement et la diffusion de solutions durables en matière d’amélioration génétique en Afrique. Il a également cofondé le projet African Biogenome (AfricaBP), une communauté de pratique composée de scientifiques, de professionnels, de décideurs politiques et de parties prenantes, dont objectif est d’exploiter la puissance de la génomique pour la caractérisation, la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité en Afrique.

Qu’est-ce que vous a incité à devenir scientifique ?

Mes deux premiers choix de carrière étaient le médecin ou professeur de lycée, mais je n’ai pas réussi à me faire admettre, alors devenir scientifique était la seule option qui me restait. J’ai eu la chance d’être encadré par deux grands professeurs au Cameroun – Kamanyi Albert et Lazare Kaptue - qui m’ont initié à la recherche scientifique et à la rigueur et l’intégrité qu’elle implique. Après un bon passage dans leurs équipes de recherche, j’ai reçu une bourse prestigieuse pour des études de doctorat de l’Organisation mondiale de la santé et de l’ILRI pour des travaux sur les trypanosomes africains. Pendant mon séjour à l’ILRI au Kenya, j’ai eu l’occasion de saisir de nombreuses opportunités et j’ai commencé à apprécier l’importance de la recherche pour trouver des solutions à des problèmes clés, plus précisément, la maladie du sommeil chez homme, qui est aussi une maladie mortelle pour le bétail en Afrique et en Amérique du Sud.  

Qu’est-ce que vous a poussé à devenir biologiste moléculaire ?

La biologie moléculaire est au cœur de notre capacité de comprendre le fonctionnement et l’évolution de n’importe quel organisme vivant. Elle est également à l’origine du processus de réaction en chaîne de la polymérase (PCR), dont j’avais appris, dans notre petit laboratoire au Cameroun, qu’il avait de nombreuses applications. Parmi celles-ci, le diagnostic de confirmation d’infection par le VIH, un sujet que j’avais commencé à étudier au Cameroun. Je voulais étudier la biologie moléculaire dans l’intention de créer mon propre groupe de recherche au Cameroun et utiliser des techniques qui étaient très demandées et dont les capacités étaient limitées dans le pays. C’était une discipline avec une large gamme d’applications.

Au cours de vos premières années au BecA-ILRI, vous aviez l’intention d’aider Afrique à se nourrir grâce aux biosciences. Quelle est l’importance de la contribution des biosciences à la sécurité alimentaire actuellement  ?

Les biosciences restent au cœur du programme de transformation de l’agriculture africaine. Les innovations sont essentielles pour relever les nombreux défis auxquels nous devons nous attaquer immédiatement : le climat, la faible productivité des cultures et des animaux, la sécurité alimentaire et l’utilisation abusive des antibiotiques. Nous devons également renforcer les capacités de recherche en biosciences.

La recherche sur l’élevage en Afrique est-elle à la hauteur des attentes ?

Non, la recherche sur l’élevage en Afrique a besoin de plus attention. Le secteur d’élevage soutient des millions de petits exploitants agricoles et éleveurs, en leur fournissant des revenus, des emplois et des opportunités commerciales. Face à la menace du changement climatique, la recherche innovante sur les systèmes d’élevage intelligents face au climat peut contribuer à atténuer les émissions de gaz à effet de serre grâce à des aliments améliorés, à une meilleure génétique et à la gestion du fumier. En plus, il faut prendre en compte le rôle de la préservation des races indigènes pour soutenir l’adaptation au stress thermique et la résistance aux maladies. Il reste beaucoup à faire.

Quelles sont les grandes étapes de la recherche sur l’élevage dont Afrique peut s’enorgueillir ces dernières années, notamment grâce au travail de l’ILRI ?

Les étapes importantes de l’ILRI comprennent les innovations génomiques qui favorisent la résistance aux maladies et amélioration de la productivité des races indigènes comme le bétail Ankole. Parmi les projets notables, on peut citer le projet African Asian Dairy GeneticsGains. L’ILRI a également progressé dans l’identification de candidats vaccins pour des maladies telles que la peste porcine africaine, ce qui améliore la lutte contre les maladies et la sécurité alimentaire. Enfin, l’ILRI a mené des recherches pour cartographier la résistance aux antibiotiques dans le bétail, la faune et environnement, tout en renforçant la surveillance des maladies zoonotiques et en améliorant la sécurité alimentaire sur les marchés informels. Ces avancées ont influencé les politiques en Afrique.

Quelle est la plus grande leçon tirée de votre expérience à l’étranger qui est essentielle pour votre travail à l’ILRI et en tant que scientifique à ce moment  ?

Au niveau professionnel : La science est quelque chose qui ne peut pas être fait par un individu, une institution ou un pays de manière isolée. Vous devez faire partie de la communauté et on doit vous faire confiance par votre attitude et vous respecter par la qualité de votre travail. Sur le plan personnel : J’ai appris que chez soi, est chez soi. C’est chez soi qu’on peut exprimer pleinement son empathie, trouver toute sa motivation et le bon niveau d’énergie pour s’attaquer aux problèmes qu’on est résolu à résoudre.

Parlez-nous d’AABNet, l’organisation que vous avez fondée.

L’AABNet est une plateforme collaborative qui fait progresser l’amélioration génétique du bétail sur le continent en reliant les chercheurs, les décideurs politiques et les autres parties prenantes. Elle soutient la formation professionnelle et le plaidoyer dans plusieurs pays afin de promouvoir le partage des données, la collaboration en matière de recherche et les partenariats stratégiques pour améliorer les programmes de sélection et de promouvoir des systèmes d’élevage durables. Ce qui distingue l’AABNet, c’est sa capacité de faire un lien entre la science et la pratique. L’AABNet ne s’intéresse pas seulement à la science, mais aussi aux personnes. L’un des principaux objectifs du réseau est de former et encadrer la prochaine génération d’éleveurs africains, en veillant à ce qu’ils restent sur le continent et en donnant aux pays africains les moyens de prendre la tête en définissaient leurs propres priorités en matière d’amélioration génétique. Si nous y parvenons, la production animale sera plus résistante, plus durable et plus capable de répondre à la demande croissante en Afrique pour les aliments d’origine animale, tout en renforçant les moyens de subsistance des populations rurales et la sécurité alimentaire.