
Le biochar promet des sols plus riches et de meilleures récoltes en Afrique.Crédit : Patrick Sekoai et Olivier Habimana
L’Afrique est confrontée aux conséquences croissantes du changement climatique, avec une aridité et une détérioration des sols aggravées, une baisse des rendements agricoles et une insécurité alimentaire. Cependant, une solution puissante mais sous-utilisée réside dans les flux de déchets organiques du continent.
Le biochar, une substance riche en carbone produite par le traitement thermique de la biomasse dans des environnements pauvres en oxygène, peut restaurer les sols endommagés, capturer le dioxyde de carbone atmosphérique et améliorer la productivité agricole. À mesure que le changement climatique s’intensifie, le biochar offre un triple avantage : il restaure les sols dégradés, séquestre le carbone et transforme les déchets organiques en richesse.
Les initiatives émergentes en matière de biochar en Afrique du Sud servent de modèle pour une adoption à plus grande échelle à l’échelle du continent, mais la mise à l’échelle de cette innovation nécessite un soutien politique urgent, une formation complète des agriculteurs et des investissements accrus.
Des recherches menées en Afrique du Sud illustrent le potentiel transformateur du biochar dans le contexte agricole. Des essais menés dans le KwaZulu-Natal ont démontré que l’application de biochar pouvait augmenter les rendements de haricots de 40%, de piments de 55% et de gombos de 10%, selon le Conseil de recherche agricole.
La composition perméable du biochar favorise la rétention d’eau et de nutriments essentiels, ce qui le rend particulièrement avantageux pour les régions sujettes à l’aridité. De plus, le biochar offre un espoir considérable en matière de séquestration du carbone : une seule tonne de biochar peut capturer entre 0,5 et 3 tonnes d’équivalent CO₂, ce qui permet de convertir les terres agricoles en zones de rétention du carbone.
Les plantes exotiques envahissantes d’Afrique du Sud, qui consomment environ 1 milliard de mètres cubes d’eau par an, pourraient être transformées en biochar, ce qui permettrait de réduire à la fois les émissions de gaz à effet de serre et la perte d’eau1 reste largement inexploité.
Malgré les promesses du biochar, plusieurs obstacles entravent son adoption à grande échelle. Le désalignement des politiques constitue un obstacle important ; les subventions favorisant les engrais synthétiques compromettent la viabilité commerciale du biochar. Si la loi sud-africaine sur la taxe carbone (144 ZAR par tonne de CO₂) marque un progrès, des incitations plus larges sont nécessaires pour promouvoir l’utilisation du biochar. La sensibilisation des agriculteurs reste faible, moins de 15% des agriculteurs sud-africains connaissant les avantages du biochar. Mais l’approche de la Tanzanie, qui a formé 600 petits exploitants, montre comment l’éducation peut catalyser l’adoption.
Les essais menés en Afrique du Sud dans le domaine du biochar s’inscrivent dans un mouvement continental en pleine expansion. Au Kenya, le projet « Biochar for Sustainable Soils » (Biochar pour des sols durables) forme les agriculteurs à la production de biochar à partir d’épis de maïs, ce qui permet de réduire les coûts d’engrais de 30% tout en augmentant les rendements de cacao2. Au Nigeria, l’émergence de start-ups telles que Biochar Africa permet de recycler les balles de riz en briquettes de biochar, remplaçant ainsi les combustibles fossiles dans les cuisinières.
Il est essentiel d’intégrer le biochar dans les politiques climatiques nationales et régionales en liant sa production aux systèmes de crédits carbone et aux engagements pris dans le cadre des contributions nationales déterminées (CDN). Le cadre de transition juste de l’Afrique du Sud offre un modèle potentiel pour une telle intégration. Les investissements devraient également se concentrer sur le soutien aux petites entreprises de biochar par le biais de subventions et de microcrédits, en mettant l’accent sur l’inclusion des femmes et des jeunes. En outre, des essais à l’échelle du continent, en particulier dans les régions confrontées à des défis similaires comme le Sahel ou l’Afrique de l’Est, devraient être lancés afin de démontrer et d’affiner les meilleures pratiques.
La sensibilisation et la promotion sont tout aussi importantes, mais les dirigeants africains doivent trouver un moyen d’adopter des lignes directrices sur la qualité du biochar à l’échelle de l’UA (par exemple en s’inspirant du système de certification du biochar de l’UE) afin de renforcer la confiance du marché.
Ils devraient également envisager de transférer 10% des subventions accordées aux engrais synthétiques vers des kits de démarrage pour le biochar destinés aux petits exploitants, comme cela a été testé en Tanzanie. En outre, l’intégration rapide du biochar dans l’Initiative africaine pour les marchés du carbone (ACMI) permettrait aux agriculteurs de monétiser la séquestration.